vendredi, 16 octobre 2026

Thwaites Glacier pourrait doubler son impact sur le niveau des mers

Un nouveau modèle utilisant le radar satellite montre de l'eau chaude poussant plusieurs kilomètres sous le « Doomsday Glacier », doublant son effet d'ici 2100.

Vue aérienne du bord d’un immense glacier antarctique rencontrant l’océan

L’essentiel

  • Un nouveau modèle projette que Thwaites Glacier ajoutera environ 30 millimètres, soit 1,2 inches, au niveau mondial des mers d'ici 2100.
  • Ceci représente environ le double des estimations précédentes et suppose qu’il n’y ait pas de réchauffement supplémentaire au-delà des conditions actuelles.
  • Le radar satellite montre de l’eau de mer chaude s’engouffrer plusieurs kilomètres sous la glace à chaque marée.
  • Les chercheurs estiment à 60 % la probabilité que le glacier franchisse une crête sous-marine clé d’ici 2100, possiblement dès 2038.
Lecture rapide · 2 min

Le glacier Thwaites en Antarctique, souvent appelé Doomsday Glacier, pourrait ajouter environ 1,2 inches (30 millimètres) au niveau mondial des mers d’ici 2100. C’est à peu près le double de ce que prévoyaient les modèles précédents, en supposant qu’il n’y ait pas de réchauffement supplémentaire.

Des scientifiques de UC Irvine et du Jet Propulsion Laboratory de la NASA ont constaté que de l’eau de mer chaude atteint plusieurs kilomètres sous la glace à chaque marée, et non pas seulement le long d’un bord fin. Leur nouveau modèle, vérifié sur plus de 25 ans d’observations satellites, est le premier à correspondre à la vitesse réelle du changement du glacier.

  • Une crête sous-marine freine pour l’instant le recul du glacier.
  • L’équipe évalue à 60 % la probabilité que la glace passe au-delà d’ici 2100, peut‑être dès 2038.
  • La planification des inondations côtières aux États‑Unis, au Royaume‑Uni et au Canada pourrait devoir être révisée.

Lire en : English Français Deutsch Español

Thwaites Glacier, le mastodonte antarctique surnommé le Doomsday Glacier, pourrait faire monter le niveau des mers cette siècle deux fois plus que ne l’avaient prévu les scientifiques. Une équipe de l’Université de California, Irvine et du Jet Propulsion Laboratory de la NASA projette désormais qu’il contribuera à hauteur d’environ 30 millimètres, soit 1,2 inches, d’ici 2100.

Ce chiffre paraît modeste jusqu’à ce qu’on lise les hypothèses. Il suppose que le climat cesse de se réchauffer à partir d’aujourd’hui. Toute chaleur supplémentaire dans les océans ferait monter ce total, et les chercheurs préviennent que leurs résultats impliquent un risque accru d’inondations côtières dans les décennies à venir par rapport aux prévisions antérieures. Pourquoi les anciens modèles se sont-ils trompés ? La réponse se trouve au bas de la glace.

01

Pourquoi la prévision pour Thwaites a doublé

La prévision a doublé parce que le nouveau modèle autorise l’eau de mer chaude à circuler beaucoup plus loin sous le glacier que ne le permettaient les modèles antérieurs. Pendant des décennies, les glaciologues ont traité l’endroit où la glace se détache du fond rocheux et commence à flotter comme une frontière fine et stable appelée la ligne d’enracinement.

Les données satellites racontent une autre histoire. Plutôt qu’une ligne, il existe une zone d’enracinement qui peut s’étendre sur plusieurs kilomètres. À chaque montée et descente de la marée, de l’eau de mer s’engouffre sous le glacier, soulève des pans de glace et expose davantage l’infra-surface à la fonte.

Le auteur principal Mattia Poinelli, qui a conduit ce travail en tant que postdoctorant à UC Irvine, décrit un dispositif très différent sous les grands glaciers exposés à l’océan de celui que les scientifiques supposaient depuis longtemps. L’étude est publiée dans la revue Nature Communications.

Satellite radar en orbite au‑dessus d’une calotte polaire
02

Comment les satellites ont surpris les chercheurs

L’équipe s’est appuyée sur le radar à synthèse d’ouverture, un type d’imagerie satellite qui renvoie des ondes radio depuis la surface et peut percer les nuages et l’obscurité polaire. Les données proviennent d’ICEYE, une constellation satellite finlandaise capable de repérer des mouvements verticaux de la glace à l’échelle du kilomètre.

Les chercheurs ont ensuite confronté leur modèle à plus de 25 ans d’observations réelles, depuis le milieu des années 1990 jusqu’à aujourd’hui. Avec une zone d’enracinement de 2 à 5 kilomètres de largeur, le modèle a enfin reproduit la façon dont Thwaites s’est réellement aminci, accéléré et retiré. Les anciens modèles avec une ligne d’enracinement nette avaient sous-estimé le rythme historique du changement par un facteur quatre.

Eric Rignot, glaciologue à UC Irvine et coauteur de l’article, l’a résumé simplement : le nouveau modèle « is able to match the record and then produces projections that are twice as large as before. »

03

La crête sous-marine qui freine pour l’instant Thwaites

Un soulèvement du plancher océanique, appelé Mouginot Ridge, est aujourd’hui l’élément principal qui ralentit le recul du glacier. Pensez-y comme un cale-porte. Poinelli précise que le tronc principal du glacier n’est maintenu par cette crête que temporairement.

Si la glace se détachait de cette crête, elle reculerait vers des fonds marins qui s’enfoncent plus à l’intérieur des terres, en direction d’un relief suivant appelé la South Ridge. Des eaux plus profondes sous la glace laissent davantage de place à l’eau chaude pour faire des dégâts.

Voici le chiffre marquant. Dans des simulations avec une zone d’enracinement de 4 à 6 kilomètres, l’équipe a trouvé une probabilité de 60 % que Thwaites franchisse la Mouginot Ridge d’ici 2100. Certaines simulations placent ce basculement dès 2038.

Vagues frappant une digue côtière à marée haute
04

Ce que la fonte d’un glacier antarctique signifie pour les zones côtières

Pour les habitants des zones côtières des États-Unis, du Royaume‑Uni et du Canada, l’enjeu pratique est la planification. Digues, plans d’inondation, tarification des assurances et règles d’urbanisme s’appuient sur des projections du niveau marin. Si la part d’un glacier est le double de ce qu’on croyait, ces plans risquent d’être insuffisants.

Thwaites est suffisamment vaste pour avoir un impact à lui seul. Il est à peu près de la taille de la Floride et contient assez de glace pour élever la mer de plus d’un demi-mètre si tout fondait. Il perd de la masse de plus en plus vite depuis des décennies.

Rignot a averti que ces conclusions indiquent une exposition plus forte aux inondations côtières que prévu. C’est un signal pour les autorités locales et les propriétaires en zones basses de surveiller l’évolution des directives officielles sur le niveau de la mer au cours des prochaines années.

05

Réponses rapides

Pourquoi Thwaites est-il surnommé Doomsday Glacier ?

Le surnom vient de l’importance de sa contribution possible à l’élévation du niveau des mers. Il contient assez de glace pour ajouter plus d’un demi‑mètre aux océans.

Combien Thwaites fera-t-il monter le niveau des mers ?

Le nouveau modèle projette environ 30 millimètres, plus ou moins 6, d’ici 2100. Cela représente environ 1,2 inches et correspond à peu près au double des estimations antérieures, sans réchauffement supplémentaire.

Qui a réalisé l’étude sur Thwaites ?

Des glaciologues de l’Université of California, Irvine et du Jet Propulsion Laboratory de la NASA. L’étude a été publiée dans Nature Communications.

Vous lisez la version courte.